La Classe Soleil

« La pire violence n’est pas de recevoir des coups de poing. C’est d’exclure définitivement un enfant, un jeune, un adulte… »
« C’est le regard extérieur, l’ignorance de la différence qui enferme, qui fait souffrir. Ce n’est pas l’autisme en tant que tel qui fait souffrir, c’est le rejet ou l’ignorance (…) ». Josef Schovanec, philosophe, écrivain, voyageur polyglotte… et autiste.
En France, l’autisme concerne un demi-million de personnes. 

L’autisme est un trouble sévère et précoce du développement neurobiologique de l’enfant apparaissant avant l’âge de 3 ans.
Il est caractérisé par une perturbation des interactions sociales, des troubles de la communication et des intérêts restreints.
On ajoute aujourd’hui à cette triade autistique des désordres sensoriels possibles et importants.

Aujourd’hui on parle plus de TSA (Troubles du Spectre Autistique) que d’autisme. Parmi les autres TSA figurent le Syndrome d’Asperger et celui de l’X fragile. Bill Gates, Mark Zuckerberg, Marie Curie, Albert Einstein, Alexander Graham Bell et Thomas Edison, Vincent Van Gogh et Andy Warhol, Bob Dylan sont soupçonnés d’être aspergers.

Les TSA (Troubles du Spectre Autistique) ne se guérissent pas. Pour beaucoup d’enfants, les symptômes s’améliorent avec le traitement et l’âge. En grandissant, certains enfants atteints d’autisme finissent par mener une vie normale ou quasi-normale. Les thérapies et les interventions comportementales peuvent cibler des symptômes spécifiques et apporter des améliorations considérables.
Contrairement à ce qui se passait il y a vingt ans, où de nombreux autistes étaient placés en institutions, il existe désormais des solutions différentes.


« Un enfant exclu de l’école, exclu des apprentissages sera exclu plus tard dans la vie. Et il sera qualifié de déficient. Ceux qu’on a appelés les gens déficients étaient essentiellement des gens privés d’école et d’éducation. »
Josef Schovanec
   

 

Saint Dominique, précurseur dans la scolarisation des enfants autistes

La première « classe soleil » a ouvert ses portes en septembre 2009 à St Do. Unique en France, ce projet a été initié par une maman de St Do, par Mr Riquet et par Mr Angles. Il est encadré par une équipe scientifique pilotée par le Dr Chabane du service neuro-pédiatrie de l’Hôpital Robert Debré.

L’initiative avait également pour objectif de donner à l’Education Nationale une réponse concrète et validée à l’exclusion encore trop généralisée des enfants autistes. C’est aujourd’hui un succès puisque l’Education Nationale a ouvert 60 unités d’enseignement directement inspirées du modèle classe soleil de Saint Dominique et 40 de plus verront le jour à la rentrée 2016/2017.

Depuis 2011, 60% des enfants issus de la classe Soleil ont été scolarisés en classe ordinaire, GS, CP ou CE1, ou en Ulis primaire dans des établissements partenaires.


La Classe Soleil

La classe Soleil est une ULIS maternelle (Unité Localisée d’Inclusion Scolaire) qui scolarise 6 enfants d’âge pré scolaire ( de 3 à 5 ans) atteints d’autisme moyen voire sévère et qui ne peuvent être scolarisés en classe ordinaire même avec une auxiliaire de vie.


Les objectifs d’un tel programme

A l’entrée dans la classe, les enfants n’ont pas encore accès à un langage fonctionnel, peuvent avoir des troubles du comportement mais n’ont pas de handicap associé.

L’objectif de cette ULIS est de permettre l’accès aux apprentissages de base du cycle I : autonomie dans les gestes de la vie quotidienne, socialisation, apprentissage du vivre-ensemble et entrée dans le langage (qui peut être le langage oral mais qui peut aussi être une communication alternative).

La mise en place de ce programme passe par un apprentissage personnalisé et individualisé. Ainsi un adulte est dédié à un enfant afin de réaliser des séances de travail spécifique selon les consignes données par l’enseignante en accord avec la supervision. Chaque réaction, chaque progrès, chaque régression de l’enfant sont scrupuleusement notées dans le but d’établir un bilan quotidien. Un apprentissage est ainsi considéré comme acquis lorsque l’enfant le réalise tout seul, 3 jours de suite avec 3 personnes différentes.

Les outils de communication

Face à l’incapacité de communication orale de la part des autistes, le PECS est un outil de communication alternatif qui permet à l’enfant de pouvoir à terme initier lui-même une communication avec autrui.
L’outil PECS (Picture exchange communication system) est un système de communication par échange d’images.

 L’objectif de cette méthode est d’inciter la communication avec autrui, apprendre à demander des objets désirés (un ballon, des chaussures, etc…), à poser et à répondre à des questions, à faire des commentaires, … en échangeant des images pour obtenir les objets ou les activités désirés avec l’aide d’un partenaire de communication et d’un incitateur physique.
Progressivement de nouvelles étapes sont introduites pour arriver à ce que l’enfant utilise le PECS de manière indépendante dans des environnements variés et avec différentes personnes. A l’usage, le PECS peut souvent aider la personne à amorcer le langage oral.
Une classe d’inclusion scolaire

En dehors des séances d’apprentissage personnalisé au sein de leur classe, les enfants bénéficient aussi de moments de collectivité avec les neurotypiques (c’est le mot utilisé pour parler des personnes qui ne sont pas porteurs d’autisme) . Ils partagent à minima avec eux les temps de recréation et de self.

Certains enfants de la classe Soleil peuvent suivre presque un mi- temps dans une classe ordinaire et l’inclusion peut aussi être inversée lorsque les neurotypiques viennent dans leur classe pour partager des temps d’atelier de jeux de société ou de construction.

Mais la scolarisation ne concerne que 20% des enfants contre 80% aux Etats-Unis. Pour les enfants qui ne peuvent intégrer une classe ULIS, ils peuvent être accueillis dans les Instituts Médico-Educatifs (IME).
Cependant leur nombre demeure encore bien insuffisant …

 

« Le meilleur médicament est l’apprentissage de la différence » Josef Schovanec (auteur de « Je suis à l’Est »)

Nous remercions Mme Dominique Bravais et toute son équipe sans qui un tel reportage n’aurait pu être possible. Enseignante à Saint Do depuis 7 ans, Mme Bravais prend sa retraite en cette fin d’année.
En cette rentrée 2016 / 2017, c’est Mme Marie-Annie Groux qui la remplace.